LES TRANSFORMATIONS TECHNOLOGIQUES ET L’ÉVOLUTION DES COMMUNAUTÉS MINORITAIRES DE LANGUE OFFICIELLE

 

 

 

 

 

 

 

Par Sylvio Boudreau,

Fondation ConceptArt multimédia

 

 

 

 

 

 

Pour :

Le Programme de contestation judiciaire du Canada

294, avenue Portage, pièce 616

Winnipeg (Manitoba)

R3C 0B9

Téléphone : (204) 942-0022 Télécopieur : (204) 946-0669

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Conférence linguistique 1999

 

 

Introduction

Les nouvelles technologies de l’information et des communications (NTIC) prennent de plus en plus de place dans nos vies et dans le fonctionnement des organismes et des entreprises. Bien que les nouvelles technologies incluent des médiums tels que les satellites, le CD-ROM, la vidéoconférence, la téléphonie et la câblodistribution, nous nous attarderons davantage à l’Internet, l’une de ses composantes. Parmi les nouvelles technologies, l’Internet est celui qui a amené le plus de changements au sein de la communauté et des réseaux organisationnels au cours des dernières années. En effet, il est indéniable que l’Internet transforme la façon d’effectuer des recherches, la promotion des services et des produits, la communication ainsi que la gestion. De plus, il transforme peu à peu les relations hiérarchiques au sein des organisations. L’ère de la connaissance, son partage et son traitement de façon instantanée, l’établissement de nouveaux réseaux de contacts pouvant être virtuels, l’amoindrissement de la notion de territoire et notre perception d’un monde plus global sont des données avec lesquelles nous devons maintenant composer.

Communauté d’intérêt et ingénieuse

L’Internet amène deux nouvelles définitions de la communauté : la communauté d’intérêt et la communauté ingénieuse. Lorsqu’un ensemble d’individus à travers le monde se regroupe pour échanger sur la culture du bonsaï, pour discuter de projets éducatifs ou pour partager une nouvelle technique dentaire, une communauté d’intérêt s’est formée. Des gens qui ne se connaissent pas et ne se rencontreront peut-être jamais peuvent désormais établir des relations d’amitié, de travail ou de loisir grâce aux nouvelles technologies. La notion de territoire s’estompe donc. Éparpillées sur un aussi large territoire que le Canada, voire la francophonie internationale, voilà une opportunité pour les communautés francophones et acadienne du Canada d’établir de nouvelles relations dans le but de consolider une communauté d’intérêt à la francophonie. Cette opportunité de réseautage a aussi apporté la notion de communauté ingénieuse. On reconnaît une communauté ingénieuse lorsqu’un large groupe d’individus utilise les technologies de l’information et des communications pour le bien-être de ses citoyens, de ses institutions et de ses régions. Une communauté ingénieuse, c’est le partage des connaissances, des expériences et des informations au profit de tous. C’est l’offre de meilleurs services de santé, d’éducation, de formation, d’aide à l’emploi, de partage d’information, de transaction électronique et d’un large éventail d’outils. En d’autres mots, une communauté ingénieuse privilégie les échanges par de nouveaux lieux de rencontre, de divertissement, de diffusion culturelle, d’occasion d’affaires, de ressourcement professionnel, de promotion et autres.

Principaux besoins exprimés

Depuis 1995, grâce à l’implication d’organismes de développement, plusieurs communautés francophones au Canada se sont préoccupées de l’Internet. Examinons quelques-uns des points qui émergent le plus fréquemment :

Un meilleur accès à l’information

Par la mise en place de moyens de diffusion de l’information ; par la connaissance des programmes d’aide, des ressources existantes, des services disponibles, des études et des réflexions, ainsi que par l’accès à des bases de données et des statistiques.

La présence de contenus francophones sur le Web

Offrir des contenus diversifiés sur le Web : portails Web régionaux, formation, information, offre et promotion de services et de produits, lieux de ressourcement (éducatif et de développement de la personne…), outils de travail en réseau, information sur les organismes, possibilités de divertissement.

Des lieux de réseautage et d’échange

Désir d’échange entre les intervenants actuels et de nouveaux intervenants ; partage entre les organismes francophones, les entreprises et avec le monde extérieur ; partage d’outils, de bases de données ; travail en réseau ; ainsi qu’une meilleure connaissance des expertises existantes.

Offre de services

Le Web pourrait offrir différents services tels la vente de services et produits, la conception de sites Web, un support technique, des services d’animation, des serveurs Web ayant des capacités d’offrir de la formation en direct en temps réel (cours universitaire et collégial), des audio et vidéoconférences, l’hébergement de sites Web multimédias et interactifs, des expertises en formation à distance.

Formation

Besoin de formation informatique de base et Internet pour la publication de pages Web, l’utilisation du courriel et de forums ; une meilleure compréhension des enjeux stratégiques et de la problématique liée aux nouvelles technologies ; la promotion et la levée de fonds ainsi que la formation d’un personnel compétent.

Accès à des ressources

L’accès à des ressources financières diversifiées, à des personnes ayant des compétences pour la rédaction de demandes de financement, le développement technique, la publication Web, le marketing, la gestion et l’entretien de sites Web, le commerce électronique et la publication de bases de données.

Équipement adéquat

Une ligne Internet rapide (bande passante plus rapide) permettant le multimédia, la mise à niveau ou l’achat d’ordinateurs prêts pour l’Internet, la compatibilité à l’an 2000 et la possibilité d’achats de groupe.

Un travail collectif

Parmi les nécessités, une attention particulière devrait être apportée pour éviter les dédoublements, offrir de l’information à même le Web, utiliser les ressources existantes, faire connaître ce qui existe déjà, maximiser l’accès aux ressources financières disponibles et développer un code éthique favorisant la qualité de la langue et la pertinence des contenus.

Afin de compléter notre analyse des besoins, soulignons les résultats d’une enquête effectuée sur les attitudes des Canadiens et Canadiennes face à l’autoroute de l’information qui a fait ressortir l’intérêt pour sept services.

Source : Étude d’Andersen Consulting, mars 1995

Le Canada fait bonne figure

Le Canada est l’un des pays industrialisés qui fait bonne figure grâce, entre autres, à ses tarifs téléphoniques (les plus faibles parmi le G7), à un accès Internet abordable, à la présence de nombreux fournisseurs de services Internet, des producteurs de contenu, à l’accès d’une personne sur trois à l’Internet et au haut niveau de développement du domaine des télécommunications et de la câblodistribution. Selon les statistiques de l’OCDE Information Outlook 1997 quant à la pénétration de l’ordinateur familial, du câble et du téléphone, le Canada devance tous les pays du G7.

La présence francophone sur Internet

L’Internet est en grande majorité américain donc de langue anglaise. Le français se situe au cinquième rang des langues utilisées sur Internet, après l’anglais, le japonais, l’allemand et l’espagnol. 3 % seulement des sites Web sont en français pour 85 % en anglais. Le Canada produit 30 % du contenu français mondial, bien qu’il ne représente qu’entre 6 % à 7 % de la population francophone mondiale. Au Canada et particulièrement au Québec, plusieurs méga-sites présentent ce qui se fait de mieux sur l’Internet. En ce qui a trait à la présence des communautés francophones et acadienne du Canada sur le Web, une recherche récente a répertorié 7 393 sites francophones au Canada.

Principaux secteurs

Nombre de sites

Actualités et médias

312

Affaires et économie

1616

Arts et culture

1120

Éducation

802

Femmes

27

Histoire et patrimoine

147

Informatique et multimédia

549

Jeunesse

219

Juridique

28

Méga-sites Web

37

Société

419

Tourisme

493

Au Canada, le Québec demeure le principal producteur de contenu francophone, toutefois les autres régions du pays connaissent une progression constante.

Par région

Nombre de sites

Alberta

20

Colombie-Britannique

15

Île-Prince-Édouard

25

Manitoba

38

Nouveau-Brunswick

176

Nouvelle-Écosse

50

Nunavut

1

Ontario

217

Québec

1956

Saskatchewan

16

Terre-Neuve

14

Territoires du Nord-Ouest

11

Yukon

6

Source : Base de données http://francovoyageur.ca (août 1999)

Au niveau du comportement des francophones vis-à-vis de l’Internet, un sondage effectué auprès de 1 110 répondants en 1997 par la Firme Nadeau, Beaulieu & Associés pour le compte de la Fédération culturelle canadienne-française dénote que le nombre de francophones possédant un ordinateur à la maison dépassent la moyenne canadienne.

Un ordinateur à la maison

Canada francophone (sans le Québec)

43,3 %

Canada

33 %

Sur le total des ordinateurs à la maison, la moitié des ordinateurs sont équipés d’un CD-ROM, soit l’accès par un foyer sur quatre.

Un ordinateur à la maison équipé d’un CD-ROM

Canada francophone

24,8 %

L’intérêt pour l’Internet est assez semblable à celui accordé au CD-ROM.

Branché à Internet à la maison

Canada francophone

15,3 %

Canada

16,4 %

Achat d’un ou de plusieurs CD-ROM

Canada francophone

16,1 %

Parmi les répondants et répondantes qui ont accès à l’Internet à la maison, le temps passé sur Internet se situe surtout entre 1 à 5 heures par semaine.

Temps par semaine passé sur Internet

moins 1 h

1 à 5

6 à 10

Canada francophone

20,8 %

44,6 %

12,5 %

Les francophones qui ont accès à l’Internet visitent peu les sites francophones.

Visite de sites en français ou bilingues

Souvent

Parfois

Rarement

Non

Canada francophone

6,7 %

30,9 %

20,8 %

40,9 %

Enfin, un certain intérêt est démontré pour l’achat de produits culturels par Internet.

Intérêt d’achat de produits culturels par Internet

Très

Assez

Peu

Non

Canada francophone

8,3 %

47,0 %

13,1 %

26,2 %

Les organismes sur Internet

En octobre 1997, un sondage effectué pour le Programme VolNet, auprès de 2 000 organisations de charité du Canada fait à son tour ressortir le niveau d’accès à l’Internet :

Équipement dans l’organisation

un ordinateur

87 %

une ligne de téléphone d’affaires

83 %

un télécopieur

70 %

un modem

48 %

Accès à un PC compatible

utilisent des 286

18 %

utilisent des 386

38 %

utilisent des 486

58 %

utilisent des Pentiums

49 %

Branché à l’Internet

Accès à l’Internet

35 %

Intéressés à se brancher

77 %

Pas branchés car :

Trop coûteux

57 %

Manque de connaissance

33 %

N’en perçoivent pas le besoin

14 %

Pas de pourvoyeur local

2 %

Utilisation de l’Internet

Courrier électronique seulement

31 %

Service de textes

16 %

Services graphiques

52 %

Une page d’accueil

45 %

Formation/ateliers sur Internet

Besoin d’obtenir de la formation sur Internet

76 %

Possède du personnel habile

68 %

Type de formation :

Formation de base

71 %

Création d’un site web

48 %

Atelier (promotion sur Internet

recherche, levée de fonds)

85 %

Utilisations souhaitées de l’Internet

Promotion

75 %

Réseautage

66 %

Recherche

64 %

Levée de fonds

62 %

Recrutement de bénévoles

51 %

Les outils

L’Internet c’est à la fois des gens qui se rencontrent, des réseaux, des contenus et des outils. Parmi la gamme d’outils disponibles, voici les principaux que tous reconnaîtront facilement : le courrier électronique (courriel), les sites Web et les engins de recherche. Mais c’est aussi de nombreuses bases de données, des sites Gopher (l’ancêtre de l’Internet), des sites FTP (transfert de fichiers électroniques), les logiciels de bavardage, la téléphonie et vidéoconférence, Usenet, les forums de discussion, les babillards électroniques, le téléchargement de logiciels, l’achat de produits et services, le télétravail, etc…

Ressources en enseignement

Le milieu de l’enseignement est l’un de ceux qui s’est impliqué en premier dans les nouvelles technologies. Parmi ses principaux défis, soulignons la nécessité de reproduire des conditions adéquates pour la prestation de cours à distance, de poursuivre la mise en place d’un réseau d’enseignement (équipement et services), de coordonner les efforts de concertation entre diverses institutions de même qu’offrir un curriculum complet de programmes de cours. Le Réseau national d’enseignement universitaire en français (RNEUF) et le Réseau d’enseignement francophone à distance (RÉFAD) sont particulièrement actifs dans ce domaine et méritent d’être mentionné. D’autres réseaux d’éducation à l’échelle locale développent aussi de nouveaux services de télécommunication avec l’emphase sur la possibilité d’offrir à chaque élève l’accès à l’Internet ainsi que la production d’activités prêtes pour la salle de classe.

Les tendances à venir

L’Internet est là pour demeurer et deviendra de plus en plus un outil de communication et de diffusion de contenus. Examinons ce que nous réserve l’avenir :

Pistes d’action pour les communautés francophones du Canada

Pour terminer, examinons plusieurs pistes susceptibles d’assurer le succès d’une prise en charge des nouvelles technologies par les communauté francophones et acadienne du Canada:

Axe 1 - Émergence d’un leadership et promotion de l’innovation

L’Internet étant dans une phase rapide de mise en œuvre, il est essentiel d’assurer une prise en charge par les intervenants et intervenantes du milieu. Un leadership pluraliste doit être assumé au niveau de la réflexion, mais surtout au niveau de la mise en œuvre. La mise en place de centres

d’incubation d’entreprises dédiés aux nouvelles technologies, de centres de formation, de gestionnaires de site Web, de développeurs d’applications réseau, de groupes sectoriels de travail et de développeurs de contenu semblent incontournables.

Axe 2 - Démarche d’accompagnement et animation

Afin d’assurer une démarche d’accompagnement et l’animation du milieu, des ressources humaines qualifiées doivent être spécifiquement affectées au sein des organismes, entreprises et aussi des gouvernements. On parle déjà d’une révolution technologique. Cela amène des changements rapides au sein de la société et sur la façon de faire. Afin d’assurer le succès et une appropriation progressive des technologies, il faut encourager la mise en place d’activités d’évaluation des facteurs de succès ; la formulation continue de recommandations et suggestions d’ajustement ; l’animation des intervenants ; la mise à jour régulière des contenus ; la mise en place de projets utilisant l’Internet comme véhicule ; l’organisation d’activités ou d’événements centrés sur l’Internet.

Axe 3 - Apprentissage continu par la formation

Le domaine des technologies étant à la fois nouveau, complexe et en constante évolution, un apprentissage par la formation continue et sur mesure est une condition jugée essentielle. Il est important d’assurer la formation en français des différents intervenants et un accès aux outils de démarrage. Les institutions de formation doivent adapter leur curriculum afin d’y inclure l’utilisation des nouvelles technologies.

Axe 4 - Présence francophone sur le www

Le Web offrant une visibilité locale, provinciale, canadienne et internationale, il devient essentiel d’y encourager et d’y promouvoir la présence et le rayonnement des communautés francophones et acadienne du Canada. Il est important de développer des contenus francophones par secteur d’intérêt et par région, de développer et d’accéder à des banques de données diverses, de favoriser l’interactivité entre les divers sites et de promouvoir l’émergence de portails Web régionaux avec des contenus diversifiés. L’Internet doit être plus qu’un lieu où l’on classe des trousses promotionnelles d’organismes, il doit être un lieu de travail, de loisir, de recherche, de rencontre, une boîte à outils, une vitrine de services et de produits.

Axe 5 - La présence et la promotion à l’échelle internationale

L’entrée des communautés dans l’ère des nouvelles technologies devrait leur permettre de mieux se positionner et faire connaître leur réalité, leurs services et leurs expertises à l’échelle internationale. Déjà plusieurs événements visent à inscrire les francophones dans la mondialisation : le 2e Mondial de l’entreprenariat jeunesse en 1998, la mise en place d’un Bureau francophone de coopération internationale, le Sommet de la francophonie à Moncton en septembre 1999 et les IVèmes Jeux de la francophonie dans la région d’Ottawa-Hull en 2001.

Axe 6 - Accès aux nouvelles technologies

Pour qu’il y ait une véritable appropriation des nouvelles technologies, il est essentiel de rendre disponible aux organismes francophones un outillage technologique, de favoriser l’utilisation et le développement de logiciels et d’interfaces en français et d’assurer un accès à l’appui technique. Il est important que des ressources financières substantielles soient investies afin de faciliter l’accès à l’équipement, aux services technologiques, aux outils et aux logiciels en langue française. Les nouvelles technologies ne doivent pas être une nouvelle cause de l’assimilation mais plutôt un moyen d’assurer le mieux-être de la communauté.

Axe 7 - Établissement de partenariats

Les initiatives qui ont connu des succès au cours des dernières années ont su établir des alliances et des partenariats avec divers intervenants. Un partenariat dans les cinq ´ C ª est à privilégier :

Axe 8 - Réseautage des lieux de communication

La mise en place de réseaux de communication pouvant offrir les services suivants :

Axe 9 - Contribution au développement socio-économique

Tout projet technologique devrait avoir comme finalité l’amélioration des conditions sociales, mais aussi économique des communautés. Une telle initiative inclut les préoccupations suivantes:

Axe 10 - Le commerce électronique

Selon plusieurs spécialistes, l’Internet est voué à desservir une gamme de services économiques :